Nos vies suspendues, ou l'Intimité par la fenêtre, Portugal

L'été dernier, j'ai découvert le Portugal. En arrivant à Porto d'abord, puis à Lisbonne, j'ai été frappée par la présence du linge qui pendait aux fenêtres. Ca donnait à ces villes un charme fou, surtout avec leurs façades colorées, légèrement délabrées par le temps, recouvertes parfois d'azulejos (les fameux carreaux de faïence). De véritables expositions en plein air ! J'ai préféré lever les yeux que d'aller dans les musées... Et j'ai choisi d'immortaliser là où je trouvais une beauté particulière, question d'harmonie, de compositions, de couleurs. On ne saurait davantage être dans la poésie du quotidien. 

 

De nombreux volets étaient fermés, habitations et commerces, signe de la crise économique et de l'exil de bon nombre des habitants. Avec ces lessives aux fenêtres, il y avait dans l'air comme une atmosphère de dimanche, une impression de temps suspendu. Une pointe de nostalgie même, ou de mélancolie, je ne saurais dire. 

Peut-être aussi parce que ça me rappelait tous ces étés passés en famille en Espagne lorsque j'étais enfant.

Peut-être aussi parce qu'étendre son linge en public est une pratique qui n'est plus vraiment admise en France. En me renseignant, j'apprends qu'elle a même été interdite dans certaines villes, sous prétexte qu’elle représenterait une "pollution visuelle".

Une question de liberté donc.

 

Ce linge étendu à l'air libre serait-il une sorte d'étendard symbolique de la culture portugaise ? Tiens, un étendoir étendard. Des oripeaux drapeaux. On vante souvent l'amabilité des Portugais, leur simplicité, leur sens de la famille, et leur propreté. Avec leur linge aux fenêtres ça devient de beaux clichés.

 

Je me suis rendue compte qu'en allant plus loin on pourrait aussi y voir une sorte de mise en abîme de ce qu'est la photographie : à la fois une mise à nu (photographier c'est toujours se révéler) et une exposition. J'ai été touchée par cette intimité exposée aux yeux de tous. Quoi de plus intime que ces culottes qui pendent, ces chaussures, ces jouets d’enfants ? Des vies suspendues.

 

Pourquoi ne pas aller jusqu’à y voir un hymne à la vie tant que nous y sommes ? Quoi de plus symbolique qu'un fil pour représenter la vie ? Ce ne sont pas les trois Parques qui nous diront le contraire.

 

Si cette série vous plait c'est sans doute que vous avez gardé vos yeux d'enfants, ou que vous êtes des mères ou pères de famille, ou simplement que vous aimez la vie. Et aussi les maisons qui vivent. Et les jolies guirlandes.

Blanc comme un linge
Le coussin dans la fenêtre
Farandole
De beaux draps
Sourire de façade
Les pieds en l'air
Les sans-culottes
Tapis de bain
Affaires de famille
Ombres suspendues
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